Liminaire : les visions
Projection vidéo sur écran de glace, 2001.
Supports de métal, projecteur vidéo, magnétoscope, caméra vidéo, glace, plexi-glass.

Dans liminaire : les visions, un écran de glace d'une quinzaine de centimètres reçoit une aussi petite image vidéo en projection, qui capte depuis une caméra le passage des visiteurs. Comme les reflets mouvants d'une flamme, les déplacements des visiteurs donnent à voir et chercher un sens aux formes glissants sur l'écran de glace. La glace fond et s'écoule lentement pour emplir au fur et à mesure le récipient sur lequel elle se tient. Ainsi, lorsque les écrans de glace ont tous fondu - au rytme de un par jour d'exposition -, le liquide accumulé au sein du contenant offre une image enfin claire ( au foyer ) aux visiteurs.

« Stéphanie Lagueux met en scène une projection vidéo sur un minuscule écran de glace. Dans la pénombre d'un espace exigu, semblable à une alcôve, apparaissent des ombres furtives, projetées en plongée sur une larme de glace. Cette larme iridescente représente une flamme au faîte d'un tube de verre figurant un cierge. Soumise à la chaleur du projecteur, la flamme glacée, en fonte progressive, engendre une métamorphose de l'écran et de l'image. à mesure que l'écran se liquéfie, qu'il fond goutte à goutte, sa substance aqueuse est recueillie dans le tube-bocal où elle s'accumule au fil des jours, jusqu'à l'emplir. D'abord brouillée par son contact avec la surface fondante de l'écran, l'image se précise et devient de plus en plus claire et limpide. Elle se définira réellement quand le niveau de liquide du bocal aura atteint le niveau où elle se trouvera au foyer sur la surface lisse de l'eau. Chaque jour, une nouvelle flamme est livrée. Sa durée de ÇvieÈ de cinq heures permet de suivre l'évolution de l'image au cours d'un cycle de fonte quotidien. De l'état cristallin, la flamme passe à un état liquide, et, dans un enchaînement continu de transparences, elle s'évapore. Ce n'est donc que lorsque suffisamment de flammes glacées auront fondu que l'on pourra voir apparaître très nettement l'image projetée. Le processus de la fonte et de la disparition de la flamme aboutit à la révélation de l'image.

C'est la fluctuation des visions et des perceptions qu'explore ici Stéphanie Lagueux. Comme les reflets changeants de la flamme, les déplacements des visiteurs donnent à voir et chercher un sens aux formes glissant sur l'écran de glace. Devant la nature indisctincte de ces images, le regardeur fait une pause et crée une sorte d'espace médidatif qui l'amène au recueillement. Avant de découvrir quelque réponse dans un certain reflet de soi [ la projection vidéo, sur l'écran de glace, montre en fait l'espace situé devant la pièce et donc le regardeur, capté par une caméra vidéo ], il aura d'abord associé ce reflet opalin à de multiples visions personnelles. ÇJe fais un parallèle, dans le titre, avec les visions mystiques - évocation qui tient aussi dans la forme du support et de son écran: le ciergeÈ, mentionne l'artiste. Ainsi, en plus de jouer avec la fluidité des perceptions, de l'image et de la lumière, Stéphanie Lagueux, dans cette minitature vidéo processuelle, s'amuse du cycle de l'eau, qui procure une fluidité singulière à son écran. »
- Véronique Bellemare-Brière, commissaire de Fluidescence.

Quicktime player requis pour les extraits vidéo.